SOS Burn-out Belgique

Témoignage :
Lisiane

Un parcours marqué par l’épuisement, la résilience… et l’engagement pour les autres.

Mon récit commence en avril 2018, un nouveau chapitre dans une lutte déjà ancienne contre l’épuisement. Mon premier burn-out est survenu pendant mes études de master, à l’approche des examens de chimie. Submergée par le stress, incapable d’étudier, épuisée et en larmes, j’ai échoué à mes premières épreuves. Heureusement, j’ai pu rebondir rapidement et terminer mon cursus avec succès. À l’époque, on parlait encore peu du burn-out.

Un second épisode m’a rattrapée pendant ma thèse de doctorat, au point de devoir réorienter ma carrière. J’ai ensuite enchaîné plusieurs postes dans le secteur médical et pharmaceutique, à la recherche de l’emploi idéal. Mais chaque fois, je finissais par être déçue : surcharge de travail, déséquilibres internes, ou même harcèlement… que je ne savais pas encore nommer.

Le harcèlement a été un calvaire. Il a sapé ma confiance en moi, nourri l’isolement, et m’a finalement poussée à quitter l’entreprise. Chaque nouveau travail représentait une bouffée d’air… avant une nouvelle plongée dans l’épuisement. Mon dernier burn-out a été le plus violent. J’occupais un poste à hautes responsabilités, avec la charge de trois personnes à la fois. Perfectionniste, investie, je ne parvenais plus à répondre à mes propres critères. Frustration, culpabilité et remords se sont installés.

Ma vie personnelle aussi était sous tension : conflits familiaux, mariage difficile, bébé fragile… Mes journées faisaient 14 heures, entre les trajets, les enfants, les tâches ménagères et le travail. Le soir, je m’écroulais. Mon sommeil ne venait qu’après un moment de répit, souvent accompagné d’alcool, devenu un signal d’alarme. Jusqu’à l’arrêt.

Le burn-out a entraîné un licenciement, une séparation, des amitiés perdues. J’ai frôlé l’irréparable. Le soutien de mes proches et d’un centre de prévention du suicide m’a permis de rester debout. J’ai alors entamé un long parcours de reconstruction : psychiatre, psychologue, coach spécialisé, retraites, reiki, kinésiologie, soins énergétiques… Un séjour hospitalier a été nécessaire pour traiter ma dépression.

“Personne ne devrait traverser un burn-out seul·e.”

— Lisiane

Ce chemin a été coûteux, émotionnellement, socialement, financièrement. Mais il m’a aussi donné un but. J’ai fondé SOS Burn-out, une association née du besoin d’aider celles et ceux qui vivent, comme moi, cette chute silencieuse. Je me suis formée au coaching de vie, à la compréhension du burn-out et à la psychopathologie, pour pouvoir proposer un accompagnement global : soutien psychologique, aide administrative, présence humaine.

En 2023, SOS Burn-out prend de l’ampleur. Nous sommes désormais reconnus comme opérateur en promotion de la santé. Nous lançons des séjours résidentiels, des groupes de parole, des conférences et ateliers partout en Wallonie. Nous œuvrons aussi à fédérer les initiatives existantes pour rendre l’accompagnement plus accessible.

Mon parcours est celui d’une chute… mais aussi d’une reconstruction. Il montre combien l’écoute, la reconnaissance et le soutien sont essentiels. Et il porte aujourd’hui une conviction profonde : personne ne devrait traverser un burn-out seul·e.

À retenir

Le récit de Lisiane met en lumière plusieurs réalités essentielles du burn-out. Son parcours montre qu’il est possible de vivre plusieurs épisodes au cours d’une vie, chacun laissant des traces mais aussi des enseignements précieux :

  • Le burn-out peut survenir à différents moments de la vie, même en dehors du travail : études, parentalité, vie familiale…
  • Il ne disparaît pas en changeant simplement d’environnement si les causes profondes ne sont pas identifiées et traitées.
  • Le harcèlement et la surcharge chronique sont des déclencheurs fréquents, surtout lorsqu’ils s’accompagnent d’un perfectionnisme ou d’une pression intérieure élevée.
  • Les signes avant-coureurs sont souvent banalisés ou ignorés, jusqu’à ce que l’effondrement survienne.
  • Le burn-out a des conséquences profondes : professionnelles, relationnelles, physiques, psychologiques, financières.
  • La reconstruction prend du temps, mais elle est possible avec un accompagnement adapté, pluridisciplinaire, et beaucoup de bienveillance envers soi-même.
  • Partager son histoire peut être un acte de transformation, à la fois personnel et collectif.

Ce témoignage est aussi un message d’espoir : il est possible de rebondir, de retrouver du sens… et même de mettre son vécu au service des autres.